Résumé
Les tumeurs rhabdoïdes (TR) sont des tumeurs agressives de l'enfant, qui peuvent se développer dans plusieurs organes, dans les reins ou le cerveau, ou encore dans les tissus mous. Près de 500 cas ont été décrits. Les TR se développent généralement avant l'âge de 2 ans, principalement dans les reins et le cerveau, et s'accompagnent de métastases distantes ou locales dans 30 à 50% des cas. Les formes multifocales sont rencontrées chez les jeunes enfants. Les TR ont généralement un caractère très agressif. La présence d'une hypercalcémie peut orienter le diagnostic. Les signes pathologiques principaux sont la présence de cellules rhabdoïdes, qui ont un noyau large avec des nucléoles bien visibles, et d'inclusions intracytoplasmiques éosinophiles typiques. Près de 80% des TR sont causées par une inactivation biallélique du gène hSNF5/INI1, acquise au niveau somatique dans la tumeur. Moins d'un tiers sont liées au syndrome de prédisposition rhabdoïde (SPR), dû à une mutation germinale du gène hSNF5/INI1. Quelques cas familiaux ont été décrits ; dont seuls deux d'entre eux présentaient une mutation héréditaire. La plupart des TR sont dues à des mutations de novo, et la plupart des cas familiaux sont dus à une mosaïque germinale. Compte tenu de la rareté des porteurs sains, on considère que les TR ont une très forte pénétrance. Elles doivent être évoquées chez les enfants devant toute tumeur peu différenciée, surtout dans les reins et le cerveau. La présence de cellules rhabdoïdes et d'un marquage positif aux anticorps anti-vimentine et anti-cytokératine est très évocatrice du diagnostic, qui est confirmé par la mise en évidence par immunohistochimie de l'absence d'expression de la protéine hSNF5/INI1. L'altération moléculaire peut être recherchée pour confirmer les résultats immunohistochimiques. Le diagnostic différentiel inclut, dans le cerveau, une tumeur neuroectodermique primitive (TNEP), un médulloblastome, un carcinome des plexus choroïdes ; dans les tissus mous, un rhabdomyosarcome non différencié ; dans le foie, un hépatoblastome non sécrétant ; et dans les reins, un néphroblastome et un sarcome à cellules claires. La recherche de l'altération biallélique dans la tumeur doit entraîner un criblage moléculaire de l'ADN, surtout chez les jeunes enfants, du fait de l'éventuelle présence d'un SPR. Comme la plupart des SPR sont dus à une mutation de novo, la présence d'une mutation chez l'un des parents est exceptionnelle. Le risque pour que les frères et soeurs plus âgés soient porteurs d'une mutation est d'autant plus faible que i) la mosaïque germinale est rare et ii) les TR se développent généralement avant 2 ans en cas de SPR. La recherche d'une mutation dans la fratrie ne pouvant aboutir à la mise en place d'un traitement, elle n'est pas intéressante. En cas de mutation germinale chez un enfant, le taux élevé de mortalité et la forte pénétrance des TR justifient la mise en place d'un conseil génétique pour les grossesses ultérieures (par amniocentèse ou biopsie du trophoblaste). En général, les TR sont initialement sensibles à la chimiothérapie. Les anthracyclines peuvent être bénéfiques, et l'association ifosfamide-carboplatine-etoposide est souvent considérée comme la pierre angulaire du traitement des RT. Quand c'est possible, la résection totale de la tumeur peut offrir une rémission durable dans les formes localisées. La radiothérapie est particulièrement utile pour les tumeurs cérébrales, mais le jeune âge au moment du diagnostic empêche souvent l'utilisation d'une irradiation importante. Le pronostic des TR est l'un des plus sévères des cancers infantiles. Le taux de survie est d'environ 20% à 5 ans, quelle que soit la localisation tumorale. Le pronostic est plus sombre chez les jeunes enfants (<3 ans), mais la maladie est également très agressive chez les enfants plus âgés. *Auteur : Dr F. Bourdeaut (novembre 2007)*.