Résumé
Le syndrome de Waardenburg-Shah (SWS) est une neurocristopathie caractérisée par l'association d'un syndrome de Waardenburg (surdité neurosensorielle et anomalies de la pigmentation ; voir ce terme) et d'une maladie de Hirschsprung (voir ce terme). La prévalence est inconnue mais à ce jour, plus de 50 cas ont été décrits dans la littérature. Les patients présentent dès la période néonatale 1) des troubles de la pigmentation pouvant comporter une mèche de cheveux, des sourcils ou des cils blancs, des macules cutanées achromiques ou des anomalies de pigmentation des iris, et 2) une obstruction intestinale. La surdité neurosensorielle est fréquente, elle est précoce, elle peut être unilatérale. Le développement psychomoteur est normal. Le SWS est causé par une migration ou une différenciation anormale des cellules de la crête neurale pendant le développement embryonnaire. Trois gènes responsables de cette maladie ont été identifiés à ce jour : le gène EDNRB (13q22.3) codant le récepteur de l'endothéline-B, le gène EDN3 (20q13.32) codant un ligand du récepteur de l'endothéline-B et le gène SOX10 (22q13.1) codant le facteur de transcription SOX10. Les mutations dans les gènes EDNRB et EDN3 sont transmises sur le mode autosomique récessif. Les individus portant les mutations homozygotes manifestent le WSS alors que les individus portant les mutations hétérozygotes soit présentent une maladie de Hirschsprung isolée soit sont souvent asymptomatiques. Les mutations dans le gène SOX10 sont transmises de manière autosomique dominante et des mutations spécifiques (particulièrement celles impliquant les 2 derniers exons codants) semblent conduire à un variant SWS plus sévère avec des anomalies neurologiques additionnelles caractérisées par une affection démyélinisante centrale et périphérique (PCWH ; voir ce terme). Inversement, certains patients avec le syndrome de Waardenburg de type 2 (syndrome Waardenburg sans la maladie de Hirschsprung ; voir ce terme) sont porteurs des mutations hétérozygotes SOX10. 20 à 40% des patients SWS/PCWH ne portent aucune mutation des trois gènes. Le diagnostic est basé sur la reconnaissance des manifestations cliniques et peut être confirmé par l'identification d'une mutation dans l'un des gènes responsables de la maladie. Le diagnostic différentiel inclut d'autres formes du syndrome de Waardenburg (types 1, 2 et 3 ; voir ces termes) et des affections rares comme le piébaldisme et les syndromes ABCD (voir ce terme) ou BADS (la plupart des cas sont probablement alléliques au WSS). Le conseil génétique et le diagnostic moléculaire prénatal peuvent être proposés à des familles chez lesquelles la mutation a été identifiée et doivent être adaptés en fonction du mode de transmission associé à la mutation détectée. La prise en charge est seulement symptomatique : traitement chirurgical de la maladie de Hirschsprung et de la surdité. Le pronostic est généralement favorable mais une morbidité et une mortalité significatives peuvent être associées à ce syndrome à cause des complications de la maladie de Hirschsprung, principalement selon la longueur du segment aganglionaire. *Auteur: Dr R. Touraine (novembre 2008)*.