Résumé
Le syndrome de Roberts (SR) est caractérisé par un retard de croissance pré- et postnatal, des anomalies sévères et symétriques des membres, des malformations craniofaciales et un déficit intellectuel profond. La SC phocomélie en est une forme modérée. La prévalence et l'incidence ne sont pas connues (moins de 150 cas ont été décrits à ce jour). Les membres supérieurs sont plus fréquemment et sévèrement atteints que les membres inférieurs. L'atteinte est essentiellement mésomélique prédominant sur le radius aux membres supérieurs et le péroné aux membres inférieurs, mais elle peut être plus sévère allant jusqu'à la phocomélie. Des anomalies des extrémités peuvent être associées (aplasie ou hypoplasie des pouces, oligodactylie, clinodactylie, syndactylie). Les anomalies craniofaciales, dont la sévérité est corrélée à celle des malformations des membres, sont caractérisées par une microcéphalie (plus sévère chez les garçons que chez les filles) et une fente labio-palatine. Il peut y être associé un hypertélorisme, une obliquité en bas et en dehors des fentes palpébrales, une exophthalmie, une cataracte, une hypoplasie malaire et des ailes du nez, une micrognathie, un hémangiome capillaire, des oreilles petites et/ou dysplasiques. D'autres malformations peuvent atteindre le coeur, les reins et les organes génitaux (large pénis et clitoromégalie). Un déficit intellectuel profond est observé chez les patients qui survivent à la période néonatale. Le mode de transmission est autosomique récessif. La maladie est due à des mutations du gène ESCO2 (8p21.1), qui code une protéine appartenant à la famille Eco1/Ctf7 d'acétyltransférases, participant à la cohésion entre chromatides soeurs à la phase S. Les mutations de ESCO2 conduisent à un retard de la division, une augmentation de la mort et un défaut de prolifération cellulaires. Le diagnostic repose sur les signes cliniques et le caryotype (standard et bandes C : apparence caractéristique des chromosomes en « rail de tramway » due à la répulsion des régions hétérochromatiques et à la séparation prématurée des centromères). Il peut éventuellement être confirmé par analyse du gène ESCO2. Le diagnostic différentiel fera discuter l'embryopathie à la thalidomide, les syndromes de Baller-Gerold, de Cornelia de Lange et TAR (voir ces termes). Pour les couples ayant eu un enfant atteint de SR (risque de récurrence égal à 25%), un diagnostic prénatal peut-être proposé sur biopsie du trophoblaste par analyse de ESCO2 si les mutations sont connues, ou caryotype. En cas de découverte « fortuite » des anomalies caractéristiques de SR lors de la surveillance échographique, c'est le caryotype qui permet de confirmer l'hypothèse diagnostique. La prise en charge de l'enfant comprendra l'éventuel traitement chirurgical des diverses malformations, le traitement orthopédique des anomalies des membres, et la prise en charge du déficit intellectuel. Les malformations notamment cardiaques et rénales sont responsables d'un taux élevé de mortalité en période néonatale et pendant la petite enfance. Le pronostic du SR est donc relativement défavorable. *Auteur : Pr S. Manouvrier-Hanu (septembre 2009)*.