Résumé
Le syndrome ICF (immuno-déficience combinée (I), instabilité de l'hétérochromatine paracentromérique (C) et dysmorphie faciale (F)) est une maladie autosomique récessive rare, décrite chez 50 patients à travers le monde, et caractérisée par une immunodéficience, malgré la présence de lymphocytes B, et par des réarrangements caractéristiques au voisinage des centromères (l'hétérochromatine juxtacentromérique) des chromosomes 1 et 16, et parfois 9. Parmi les autres symptômes variables de ce syndrome probablement sous-diagnostiqué on trouve une légère dysmorphie faciale, un retard de croissance et de développement et un déficit intellectuel. Les niveaux sériques d' IgG, IgM, IgE, et/ou IgA sont bas, mais le type d'immunoglobulines déficientes varie. Les infections récurrentes sont le symptôme principal, souvent dans la petite enfance. Le syndrome ICF est toujours lié à une hypométhylation limitée de l'ADN et est souvent causé par des mutations de l'un des gènes codant pour une DNA méthyltransférase (DNMT3B). Cette hypométhylation de l'ADN est majoritairement localisée dans les régions 1qh, 9qh et 16qh, qui sont les sites de délétions d'un bras de chromosome entier, de cassures de chromatides et de chromosomes, d'étirement (décondensation), et de jonctions chromosomiques multiradiales dans les lymphocytes stimulés. Par un mécanisme inconnu, la déficience en DNMT3B responsable du syndrome ICF interfère avec la lymphogénèse ou activation des lymphocytes (à un stade suivant la commutation isotypique). Grâce à l'identification de l'altération du gène DNMT3B chez la majorité des patients atteints d'ICF, le diagnostic prénatal du syndrome est possible. Cependant, compte tenu de la variété des mutations de DNMT3B, le séquençage des deux allèles du gène chez un parent de premier degré lui aussi atteint du syndrome s'avère indispensable. Le traitement consiste presque toujours en l'administration d'immunoglobulines, principalement par voie intraveineuse. La greffe de moelle osseuse a récemment été tentée. *Auteurs : Drs M. Ehrlich, K. Jackson et C. Weemaes (mars 2006) Traduction Orphanet*.