Résumé
Le syndrome de déplétion de l'ADN mitochondrial (ADNmt) représente un groupe hétérogène de maladies mitochondriales caractérisées par une réduction du nombre de copies d'ADNmt dans les tissus affectés en l'absence de mutations ou de réarrangements de l'ADNmt. Le syndrome de déplétion de l'ADNmt est une maladie neurodégénérative relativement fréquente de l'enfance et de l'adolescence. Une étude a rapporté qu'une déplétion d'ADNmt est retrouvée chez 11% des enfants de moins de deux ans orientés vers des consultations de neurologie pédiatrique pour faiblesse musculaire, hypotonie et retard de développement. Les manifestations cliniques du syndrome de déplétion de l'ADNmt sont hétérogènes : il existe des formes hépatocérébrales, myopathiques, myopathiques bénignes à début tardif et cardiomyopathiques. Les patients présentent dans la petite enfance une hypotonie, une acidose lactique et des taux sériques élevés de créatine kinase. Certains ont aussi une hépatopathie sévére, souvent fatale ou une insuffisance rénale, ce tableau clinique rappelant celui du syndrome de Toni-Debré-Fanconi. Le diagnostic clinique est confirmé par une diminution de l'activité de la chaîne respiratoire et surtout par un faible ratio ADNmt/ADN nucléaire dans les tissus atteints. Les déplétions de l'ADN mt résultent vraisemblablement d'un défaut primaire, mais peuvent être aussi d'origine secondaire (myosites à inclusions) ou iatrogène (chez les patients traités avec des analogues de nucléosides). Le syndrome de déplétion de l'ADNmt a une récurrence familiale avec une hérédité autosomique récessive, ce qui suggère un défaut génétique au niveau de l'ADN nucléaire. De plus, les formes hépatocérébrale et myopathique ont été respectivement associées avec des mutations dans les gènes nucléaires DGUOK et TK2 codant pour des protéines mitochondriales, la deoxyguanosine et de la deoxythymidine kinase. Ces deux enzymes fonctionnent dans la voie de récupération mitochondriale des nucléotides, impliquée dans la synthèse d'ADNmt via l'apport de déoxyribonucléotides (dNTPs). L'apport complémentaire de coenzyme Q peut avoir des effets bénéfiques sur la faiblesse musculaire et l'intolérance à l'exercice. *Auteurs : Drs R. Carrozzo et S. Lucioli (février 2004)*.