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::Angio-œdème non histaminique

Synonymes :
angio-œdème héréditaire (ANH), angio-œdème bradykinique, œdème angioneurotique (OAN)

Définition :
Œdème sous-cutané ou sous-muqueux limité, blanc, non prurigineux ni inflammatoire, récidivant plus ou moins fréquemment et disparaissant sans séquelles. Il est non histaminique : il ne répond pas aux corticoïdes et les anti-histaminiques sont inefficaces en prévention. Son médiateur principal est la bradykinine. L’AO peut être héréditaire ou acquis. L’atteinte laryngée est la cause principale de décès (25% de décès en l’absence de thérapeutique adaptée). Les œdèmes peuvent toucher le tube digestif ; ils se manifestent par un tableau subocclusif avec risque d’hypotension.

Pour en savoir plus :
Consultez la fiche sur Orphanet

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Fiche de régulation SAMU
Recommandations pour les urgences hospitalières


Synonymes
  • Œdème angioneurotique, angio-œdème héréditaire, angio-œdème bradykinique

Mécanismes
  • Angioedèmes héréditaires de type I et II : déficit congénital en C1Inhibiteur
  • Angioedème héréditaire de type III : gain de fonction du facteur Hageman
  • Angioedème acquis : déficit acquis en C1Inh (associé ou non à un anticorps anti C1Inh ou anti C1q)

Ces angioedèmes ont tous en commun d’être des œdèmes sous-cutanés ou sous-muqueux, non prurigineux, récidivants et disparaissant sans séquelle et dont le médiateur est la bradykinine et non l’histamine.


Risques particuliers en urgence
  • Œdème laryngé (25% de décès sans traitement)
  • Œdème de la face
  • Œdème du tube digestif : syndrome pseudo-occlusif

Traitements fréquemment prescrits au long cours
  • Traitement de fond : danazol (DANATROL®) ou acide tranexamique (EXACYL®)
  • Prophylaxie en cas des soins dentaires ou d’interventions chirurgicales: danazol (DANATROL®) qui augmente le C1Inh

Pièges
  • L’œdème de la face peut se compliquer d’œdème laryngé
  • L’œdème digestif simule un tableau chirurgical (syndrome occlusif) et peut entraîner hyperalgie, ascite ou hypovolémie avec parfois état de choc

Particularités de la prise en charge médicale pré-hospitalière
  • Traitement symptomatique de la dyspnée, de l’hypovolémie, de la douleur et des vomissements (formes abdominales)
  • Inutilité car aucune efficacité des anti-histaminiques et des corticoïdes
  • Deux traitements disponibles
    • Concentré de C1Inh (BÉRINERT®) : injection IV en au moins 5 min de 500 U (si <20 kg) ou 1000 U (si >20 kg, à injecter en 2 doses espacées d’au moins 5 min)
    • Icatibant (FIRAZYR®), inhibiteur des récepteurs de la bradykinine) : une injection sous cutanée de 30 mg AR si besoin 6h après
  • A défaut : acide tranexamique (EXACYL®) 1 g toutes les 4 à 6 h chez l’adulte et 10 mg/kg toutes les 6 h chez l’enfant
  • Admission en réanimation

En savoir plus
  • Centre national de Référence des Angio-œdèmes à Kinines CRéAK : CHU de Grenoble
    tél. : 04 76 76 76 40, creak@chu-grenoble.fr
  • Plusieurs CHU disposent de structures référentes locales
  • www.orphanet-urgences.fr


Recommandations pour les urgences hospitalières


Problématique et recommandations en urgence
  • Œdème laryngé
  • Œdème de la face
  • Crises abdominales graves

Crise laryngée :

  • Mesures diagnostiques en urgence :
    • Evaluer la gravité :
      • Toute atteinte laryngée (dysphagie, voix faible ou inaudible, dyspnée)

  • Mesures thérapeutiques immédiates :

    Les mesures thérapeutiques reposent sur le concentré de C1Inh (Bérinert®, laboratoire Behring) ou l’icatibant (Firazyr®, laboratoire Jerini-Shire) à administrer le plus tôt possible.

    • Hospitaliser immédiatement en unité de réanimation et prendre contact avec le médecin assurant la prise en charge spécialisée
    • Ne pas utiliser les corticoïdes et les anti-histaminiques qui sont inefficaces dans cette situation
    • Assurer la liberté des voies aériennes avec ventilation assistée et oxygénothérapie, si besoin
    • Mettre en place, si possible, une voie d’abord
    • Débuter le traitement immédiatement par injection d’icatibant (30 mg en sous-cutané, sauf chez l’enfant et la femme enceinte) ou de concentré de C1Inh en IV dès la prise en charge SAMU si le patient dispose du produit à domicile ou s’il est présent dans l’ambulance de réanimation :

      C1Inh :
      • Délai d’action : 30 min
      • Mode d’administration : en IV sur 5 min dans la tubulure
      • Posologie si poids > 20 kg : 1000 U
      • Posologie si poids < 20 kg : 500 U, quel que soit le poids
      • A renouveler 1h après si effet insuffisant

      Icatibant :
      • Délai d’action : 40 à 60 min
      • Mode d’administration : injection sous-cutanée
      • Posologie : 30 mg
      • A renouveler 6 h après si effet insuffisant
    • Poursuivre la prise en charge en unité de soins intensifs, suivant les conseils du médecin assurant la prise en charge habituelle

Œdème de la face :

Tout œdème de la face peut potentiellement évoluer vers un œdème laryngé

  • Mesures thérapeutiques immédiates :
    • Hospitalisation pour surveillance
    • Administration per os ou IV d’acide tranexamique en l’absence de contre-indication à ce produit, à la dose de 1 g toutes les 4 à 6 h chez l’adulte et 10 mg/kg/injection toutes les 6 h chez l’enfant
    • Si aggravation des symptômes, injection de concentré de C1Inh en IV ou d’icatibant en sous-cutané

Crise abdominale :

  • Mesures diagnostiques en urgence :
    • Evaluer la gravité :
      • Tout tableau pseudo occlusif avec hyperalgie, ascite, hypovolémie
    • Explorer en urgence :
      • Echographie ou scanner abdominal en cas de crise abdominale sévère afin d’éliminer les diagnostics différentiels

  • Mesures thérapeutiques immédiates :
    • Mettre en place une évaluation de la douleur selon les protocoles habituels
    • Débuter un traitement antalgique et un traitement symptomatique des vomissements
    • Injecter en IV de l’acide tranexamique (Exacyl®), en l’absence de contre-indication à ce produit (allaitement, pathologies thrombo-emboliques), à la dose de 1 g toutes les 4 à 6 h chez l’adulte et 10 mg/kg/injection toutes les 6 h chez l’enfant
    • En cas d’échec ou de forme hyperalgique d’emblée, instituer un traitement substitutif par concentré de C1Inh par voie intraveineuse (IV lente ou dans la perfusion, 500 U si <20 kg, 1000 U si >20 kg) ou icatibant en sous-cutané (30 mg)
    • En cas d’inefficacité du traitement dans un délai de 30 à 90 min, envisager d’autres diagnostics (exemple : possibilité d’une occlusion de cause chirurgicale)
    • Prévoir une surveillance hospitalière jusqu’à la complète régression des signes

Orientation
  • Où : tout centre hospitalier disposant d’une unité de soins intensifs, disposant de l’icatibant ou du concentré de C1Inh si le patient n’en dispose pas à domicile, et disposant de praticiens pouvant réaliser une trachéotomie.
  • Quand : accès rapide si possible avec un véhicule du SAMU.
  • Comment : le transport du patient dans le véhicule du SAMU peut permettre l’administration précoce de l’icatibant ou du concentré de C1Inh.


Interactions médicamenteuses

Pas d’interaction médicamenteuse avec le Bérinert® ou le Firazyr®



Anesthésie
Risque majeur d’œdème laryngé si intubation trachéale
  • Si urgence : Concentré de C1Inh (Bérinert®) 1000 U en IV lente, 1 h avant le geste ; l’administration peut être renouvelée éventuellement dans les heures suivant l’intervention.

    NB : Il est possible de réaliser une intubation trachéale puis une perfusion du C1Inh dans un second temps.

  • Si non urgence : préparer le patient avec du danazol 600 mg/j pendant 10 jours chez l’adulte (10 mg/kg chez l’enfant). Il faut contrôler le taux de C1Inh au 7ème jour qui doit atteindre au moins 50% de valeur cible de référence. Le concentré de C1Inh doit être disponible sur le site d’intervention. Après l’anesthésie, il faut reprendre le danazol 600 mg/j pendant 5 jours chez l’adulte (10 mg/kg chez l’enfant) puis reprise du traitement individuel habituel.
  • Cas particulier de l’accouchement : la péridurale est conseillée
    • Si la patiente a présenté peu de crises pendant la grossesse, il n’y a pas besoin de traitement prophylactique mais le Bérinert® doit être rapidement disponible en salle d’accouchement.
    • Si la patiente a présenté beaucoup de crises au cours de sa grossesse, administration de Bérinert® 1000 U au début du travail ; surveillance en milieu hospitalier pendant une semaine.



Mesures préventives à prendre
  • Mesures prophylactiques en cas de soins dentaires ou de toute intervention.


Mesures thérapeutiques complémentaires et hospitalisation
  • Alimentation : en cas de crise avec douleur abdominale, nausées ou vomissements, l’alimentation doit être légère, voire réduite à la prise de boissons.
  • Accompagnement de la famille : une information et une sensibilisation au dépistage (pour les œdèmes héréditaires) doivent être procurées à la famille ainsi que les coordonnées du centre de référence labellisé que le patient et sa famille peuvent consulter.


Don d'organes

Le C1Inh est synthétisé par le foie essentiellement ; les dons d’organes hors celui du foie sont possibles.



Numéros en cas d'urgence
  • Numéro du standard de CSL Behring pour l’obtention de Bérinert® : tel : 01 53 58 54 00
  • Numéros du laboratoire Jerini-Shire pour l'obtention du Firazyr® :
    - pour commander 01 46 10 46 70
    - pour l'information médicale et la pharmacovigilance 01 46 10 46 86
  • Coordonnées du CREAK (Centre national de REférence des Angio-œdèmes à Kinines) :
    Anesthésiste-réanimateur : Dr C.Jacquot ; mail : CJacquot@chu-grenoble.fr ;
    tel : 04 76 76 55 02 - 04 76 76 75 75 bip 107
    Médecin : L.Bouillet ; Mail : LBouillet@chu-grenoble.fr; tel : 04 76 76 94 49 ou 06 21 33 67 44


Ressources documentaires
  • Gompels MM, Lock RJ, Abinun M, Bethune CA, Davies G, Grattan C, et al. C1inhibitor deficiency: consensus document. Clin Exp Immunol 2005; 139:379-94
  • Bowen T, Cicardi M, Farkas H, Bork K, Kreuz W, Zingale L et al. Canadian 2003 international consensus algorithm for the diagnosis, therapy and management of hereditary angioedema. J Allergy Clin Immunol 2004; 114: 629-37

Ces recommandations ont été réalisées avec la collaboration du Dr Laurence Bouillet et du Pr Christian Massot du Centre national de Référence des Angio-œdèmes à kinines (CREAK), de l’Association des Malades Souffrant d’Angio-Oedèmes (AMSAO), et du Dr Gilles Bagou SAMU-69 Lyon.

Date de réalisation : 29 avril 2009