Le syndrome de Shah-Waardenburg
Date de création : février 2000
Date de mise à jour: novembre 2001
Le syndrome de Shah-Waardenburg (syndrome de Waardenburg de type 4,
WS4) est une neurocristopathie. Il s’agit de l’association chez un même
malade ou chez différentes personnes de la même famille d’une
maladie de Hirschsprung et de symptômes du
syndrome de Waardenburg.
La maladie de Hirschsprung se présente sous la forme d’une occlusion
néonatale ou d’une constipation opiniâtre, en rapport avec
l’existence d’une zone rectocolique terminale de longueur variable aganglionnaire,
hypotonique. La zone aganglionnaire peut être très courte,
rectale, plus longue, recto-sigmoïdienne, ou très longue, recto-colique
allant jusqu’au grêle, avec même dans certains cas rare une
atteinte d’une partie du grêle. Le lavement aux produits radio opaques
peut préciser la hauteur de la zone atteinte qui est un peu étroite
sans péristaltisme, surmontée d’une petite dilatation d’amont
plus ou moins nette. Le réflexe recto-anal inhibiteur est absent.
Le diagnostic est établi par la biopsie recto-colique qui va montrer
d’une part, une absence de cellule neuronale dans les plexus nerveux entériques
qui ne contiennent que des fibres nerveuses amyéliniques hypertrophiées,
et d’autre part, une augmentation de l’activité acétylcholinestérase
dans la zone aganglionnaire.
Les critères diagnostiques du syndrome de Waardenburg sont cliniques et des critères majeurs et mineurs ont été proposés. On considère comme atteint un sujet avec au minimum 2 critères majeurs ou 1 critère majeur et 2 critères mineurs.
Critères majeurs
- surdité neurosensorielle congénitale qui peut être
progressive
- anomalie pigmentaire de l’iris : hétérochromie irienne
avec soit 2 yeux de couleur différente soit un segment de couleur
différente sur un seul œil, soit enfin des yeux bleu profond (bleu
très vif et intense)
- mèche blanche de cheveux
- blanchiment précoce des cheveux (<30 ans)
- un apparenté au 1er degré atteint
Critères mineurs
- taches cutanées hypopigmentées
- synophris ou sourcils fournis
- racine du nez haute et large
- hypoplasie des ailes du nez
Il s’agira d’un syndrome de Waardenburg de type 1 s’il existe une dystopie
des canthi internes avec un index W de telecanthus > 1,95 en moyenne chez
les sujets atteints de la famille.
La très grande majorité des sujets atteints de Waardenburg
de type 4 n’ont pas de dystopie des canthi, seuls quelques cas semblent
faire exception.
Diagnostic différentiel
Il n’y a pratiquement pas de diagnostic différentiel, mais d’une
part, un certain nombre de malades atteint de maladie de Hirschsprung ont
une surdité isolée, et d’autre part, l’association piébaldisme
– maladie de Hirschsprung est possible. Ainsi, de rares cas ont été
rapportés avec piébaldisme, surdité et maladie de
Hirschsprung, seule l’étude moléculaire permettrait véritablement
de trancher chez ces malades.
Fréquence
Plus de 50 cas de Waardenburg de type 4 ont été décrits
dans la littérature.
Mode de prise en charge
La prise en charge de la maladie de Hirschsprung est chirurgicale avec
une résection de la zone aganglionnaire et rétablissement
de la continuité, en 1 ou 2 temps. Le traitement des formes très
étendues peut être problématique du fait de la taille
de la résection.
La surdité peut être appareillée.
Etiologie
La transmission de la maladie est soit autosomique dominante, soit
autosomique récessive. Il existe une variabilité intra familiale
et ni la maladie de Hirschsprung, ni aucun des signes du syndrome de Waardenburg
n’ont une pénétrance complète.
Actuellement 3 gènes ont été impliqués
dans le WS4 : EDNRB (13q22), EDN3 (20q13.2-q13.3) et SOX10
(22q13).
Le récepteur EDNRB et son ligand EDN3, font
partie de la voie de transduction des endothèlines. Des mutations,
soit de EDNRB, soit de EDN3, ont été mises
en évidence dans quelques cas à transmission récessive
(mutations ponctuelles). Il est utile de rappeler que des mutations à
l’état hétérozygote de ces gènes ont été
trouvées chez des malades avec une maladie de Hirschsprung isolée.
Mais la situation n'est pas toujours claire et il n'est pas possible de
prédire le phénotype à partir du génotype.
SOX10 est un co-facteur de transcription de la famille SOX dont
les gènes cibles commencent à être définis :
les gènes MITF (impliqué dans des cas de WS2) et P0
(myéline). Les mutations de SOX10 sont dominantes, par haploinsuffisance
(mutations ponctuelles troncantes en majorité). Le plus souvent
les malades présentent un WS4 "classique", identique aux formes
récessives. Par contre, quelques malades ont une atteinte neurologique
particulière surajoutée. Ce tableau neurologique particulier
consiste dans le développement progressif d'un nystagmus, d'une
ataxie, d'un syndrome pyramidal et de dysautonomie. Une démyélinisation
centrale, une neuropathie périphérique, une épilepsie
et une déficience intellectuelle sont possibles dans ces cas. Ces
formes neurologiques de WS4 ont des mutations de SOX10 qui semblent
spécifiques et qui pourraient dépendre d’un effet dominant
négatif.. Dans ces formes neurologiques particulières un
diagnostic prénatal est tout à fait légitime et doit
être proposé même si la mutation est une néomutation,
du fait du risque de mosaïque limitée à la lignée
germinale chez un des parents, comme nous avons put l'observer.
Questions non résolues et commentaires
Il n’y a pas d’explication bien claire quant à la variabilité
phénotypique (surdité, Hirschsprung), en particulier intra
familiale : rôle de gènes modificateurs ?
Enfin certains cas pourraient être liés à des anomalies
d’autres gènes que les 3 gènes sus cités.
Le rôle de SOX10 dans les cellules gliales reste à
mieux décrypter.
Mots-clés
Waardenburg, Hirschsprung, Neurocristopathie, Endothéline, SOX,
Surdité, Crêtes Neurales
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