Maladie de Cowden


Auteur : Docteur Michel LONGY
Editeur scientifique : Professeur Thierry PHILIP

Date de création : avril 1999
Dernière mise à jour : septembre 2002


Nom de la maladie et de ses synonymes

Maladie de Cowden, syndrome des hamartomes multiples

Critères diagnostiques / Définition

La grande variabilité de l'expression de la maladie et le caractère souvent peu spécifique des lésions observées (goitre multihétéronodulaire, polypes coliques, lipomes sous cutanés...) rendent le diagnostic de cette affection relativement difficile. Celui-ci est le plus souvent posé devant les signes cutanés de l'affection, qui eux-mêmes, ne sont ni constants ni absolument spécifiques. Un score diagnostic a de ce fait été proposé (SALEM et STECK), score selon lequel le diagnostic doit être retenu devant l'association de soit deux critères majeurs, soit d'un critère majeur et d'un critère mineur, soit d'un critère majeur et d'un contexte familial de maladie de Cowden ou enfin de 2 critères mineurs associés à un contexte familial de maladie de Cowden.

Les critères

Critères majeurs :


Critères mineurs :


Le fait que les atteintes muco-cutanées soient parfois très discrètes a conduit à développer un autre score diagnostic qui a surtout permis une définition phénotypique soigneuse d'un ensemble de familles avec comme but de localiser le gène par liaison génétique. Ce score distingue :

Des critères pathognomoniques :


Des critères majeurs :


Des critères mineurs :


Le diagnostic de maladie de Cowden est retenu :

En l'absence de tout contexte familial, devant :
 


Dans un contexte familial de maladie de Cowden, est considérée comme atteinte, toute personne présentant :


Ces critères restent cependant imparfaits et des discordances ont été observées lors de leur application entre statut phénotypique et statut génotypique.

Commentaires sur le diagnostic différentiel

L'identification du gène responsable de la maladie de Cowden a permis de rapprocher cette affection d'un syndrome pédiatrique rare, connu sous le nom de syndrome de Bannayan, Riley, Ruvalcaba (BRR). Cette affection est caractérisée par l'association d'une macrocéphalie, de lipomes multiples, de polypes hamartomateux intestinaux, de malformations vasculaires et d'une pigmentation génitale notamment chez le garçon. Un retard psychomoteur avec hypotonie est fréquemment associé. La communauté phénotypique entre les deux syndromes associée à la mise en évidence de mutation germinale du même gène dans les deux cas a permis de considérer le syndrome de BRR comme une forme pédiatrique de la maladie de Cowden et a permis de souligner la précocité des atteintes intestinales qui souvent n'étaient pas explorées. La maladie de Cowden a de ce fait rejoint le cadre plus général des polyposes hamartomateuses héréditaires qui comportent en plus du syndrome de BRR, la polypose juvénile et le syndrome de Peutz-Jeghers. L'implication récente dans l'étiologie de ces deux syndromes de mutations germinales des gènes SMAD4 et LKB1, même si une hétérogénéité génétique est encore probable, en particulier pour la polypose juvénile, permet désormais d'avoir recours au diagnostic moléculaire pour l'identification de ces différentes affections.

Fréquence

La prévalence de la maladie de Cowden serait de 1/200 000 à 250 000 dans la population hollandaise.

Description clinique

En dehors du cadre du syndrome de BRR, les manifestations de la maladie de Cowden apparaissent dans le courant de la 2ème décennie, touchant de manière très variable de nombreux organes.

L'atteinte cutanéo-muqueuse est souvent au premier plan, associant :
- Des lésions papuleuses faciales multiples, généralement rassemblées au pourtour des lèvres et le long des ailes du nez. L'histologie ne met souvent en évidence que des lésions hyperplasiques non spécifiques mais peut affirmer le diagnostic en cas d'aspect de trichilemnomes multiples.
- Des lésions kératosiques des extrémités représentées par des papules périunguéales et de petites lésions palmoplantaires d'aspect bombé et translucide avec une dépression centrale.
- Des lésions de la muqueuse buccale réalisant par leur confluence un aspect "pavé" des gencives, mais également une authentique papillomatose de la langue et du palais.

L'atteinte thyroïdienne, fréquente et souvent précoce, se manifeste par la constitution d'un goitre multihétéronodulaire pouvant être très volumineux. L'analyse histologique révèle généralement des lésions dystrophiques peu spécifiques associées à une composante adénomateuse de type vésiculaire, ainsi que des lésions à la limite de la malignité à type de carcinome vésiculaire encapsulé micro-invasif et de micro-carcinome papillaire.

L'atteinte intestinale est surtout caractérisée par la survenue de polypes gastriques et du gros intestin. Histologiquement, il peut s'agir de lésions sous-muqueuses, lipome, hyperplasie neuronale, hyperplasie lymphoïde ; de polypes hamartomateux, ou enfin, de polypes adénomateux. Des lésions connues sous le terme d'acanthosis glycogénic peuvent s'observer au niveau œsophagien.

L'atteinte mammaire est également fréquente mais s'accompagne d'une variabilité intra- familiale marquée. Une hyperplasie virginale est parfois observée. Le plus souvent, se constitue au cours des 2ème et 3ème décennies, des lésions dystrophiques évocatrices de mastose fibrokystique, des lésions hyperplasiques de type polyadénosique et des lésions plus individualisées telles que papillome intragalactophorique, adénofibrome, adénofibrome juvénile géant.

Des atteintes génitales à type de kystes ovariens et léiomyomes utérins s'observent parfois, de même que l'existence de lipomes ou d'angiolipomes multiples.

Les troubles du développement osseux consistent surtout en une macrocrânie. Fréquente, elle s'observe dans 80% des cas décrits et se traduit par un périmètre crânien supérieur au 97ème percentile.

L'atteinte neuro-sensorielle est surtout caractérisée par l'association avec un syndrome de Lhermitte Duclos qui correspond à la survenue d'un gangliocytome dysplasique du cervelet. Discret retard mental, épilepsie, méningiomes ont également été rapportés.

Toute la gravité de la maladie tient à la survenue fréquente de diverses tumeurs malignes :


Mode de prise en charge

La prise en charge des patients atteints de maladie de Cowden essentiellement dépend de la survenue des différentes néoplasies, bénignes et malignes, qui accompagnent l'évolution de la maladie. Celles-ci nécessitent le plus souvent une prise en charge chirurgicale.
Le diagnostic posé chez le jeune doit s'accompagner d'une surveillance thyroïdienne précoce et la constitution d'un goitre multihétéronodulaire nécessite une cure chirurgicale par thyroïdectomie qui doit être d'emblée totale du fait du risque élevé de transformation maligne sur parenchyme résiduel.
Chez les femmes, la surveillance mammaire doit s'effectuer, chaque année, dès l'âge de 25 ans environ. L'existence d'importantes lésions mammaires, parfois très précoces, peut rendre difficile la réalisation d'une surveillance de bonne qualité, notamment mammographique et des solutions alternatives telles que l'imagerie par résonance magnétique sont actuellement à l'étude. Dans certains cas, une mastectomie préventive peut être proposée, généralement vers l'âge de 30 ans.
Une surveillance coloscopique est enfin indiquée, avec une périodicité moindre, de 3 à 5 ans, selon les lésions observées.

Conseil génétique

Le mode de transmission de l'affection au sein des familles touchées a rapidement permis de conclure à une hérédité de type autosomique dominant. L'expression de la maladie est très variable, autant d'une famille à l'autre, que selon les membres atteints d'une même famille. La pénétrance n'est pas connue avec certitude, mais semble très élevée après l'âge de 20 ans, aucun cas de saut de génération n'ayant été réellement documenté. Le gène dont les altérations sont responsables de la maladie a été localisé par une stratégie de liaison génétique sur le bras long du chromosome 10. Il s'est vite révélé correspondre au gène PTEN, récemment suggéré comme probable gène suppresseur de tumeurs impliqué en particulier dans les glioblastomes sporadiques et codant pour une phosphatase.
Le gène PTEN (pour Phosphatase on chromosome TEN and homologue to TENsine) est effectivement le siège d'altérations constitutionnelles à l'état hétérozygote chez 80% environ des patients souffrant de maladie de Cowden. Les anomalies observées consistent essentiellement en mutations responsables d'une altération du cadre de lecture, en mutations non sens et en mutations faux sens touchant électivement le domaine phosphatasique.
Il s'agit donc, dans la quasi totalité des cas, de mutations inactivantes responsables d'une perte  de fonction pour la protéine correspondante.
La parfaite coségrégation des anomalies décrites avec le phénotype atteint, l'absence à ce jour de pholymorphisme décrit en région codante, l'absence d'hétérogénéité génétique évidente, et la relative haute fréquence de mise en évidence des mutations ponctuelles de PTEN en cas de phénotype établi, permettent actuellement de proposer le diagnostic moléculaire de la maladie de Cowden comme un élément déterminant du diagnostic positif.

Mots-clés

Maladie de Cowden, hamartomes multiples, cancer du sein, cancer de la thyroïde, gène PTEN.

Références

1. Bonneau D and Longy M. Mutations of the human PTEN gene. Hum Mutat. 2000; 16:109-22.

2. Bronstein MH, Wolf M, Birowski JB. Cowden's disease: a cutaneous marker of breast cancer. Cancer 1978; 41: 2393-2398.

3. Erbe KW and Compton CC. Case records of the Massachusetts General Hospital. Weekly clinicopathological exercises. Case 24-1987. A 56-year-old man with a substernal goiter, multiple cutaneous and mucosal lesions, and a positive stool test for occult blood. N Eng J Med 1987; 316: 1531-1540.

4. Fackenthal JD, Marsh DJ, et al. Male breast cancer in Cowden syndrome patients with germline PTEN mutations. J Med Genet 2001; 38: 159-164.

5. Liaw D, Marsh DJ, Li J. et al. Germline mutations of the PTEN gene in Cowden disease, an inherited breast and thyroid cancer syndrome. Nature Genet 1997; 16: 64-7.

6. Lloyd KM and Denis M. Cowden's disease: a possible new syndrome with multiple system involvement. Ann Intern Med 1963; 58: 136-142.

7. Longy M and Lacombe D. Cowden disease: report of a family and review. Ann Genet 1996; 39: 35-42.

8. Marsh DJ, Coulon V, Lunetta KL, et al. Mutation spectrum and genotype analyses in Cowden disease and Bannayan Zonanna syndrome, two hamartoma syndromes with germline PTEN mutation. Hum Molec Genet 1998; 7: 507-515.

9. Nelen ML, Padberg GW, Peeters EA, et al. Localization of the gene for Cowden disease to chromosome 10q22-23. Nature Genet 1996; 13: 114-116.

10. Nelen MR, Kremer H, Konings IBM, et al. Novel PTEN mutations in patients with Cowden disease: absence of clear genotype-phenotype correlations. Europ J Hum Genet 1999; 7: 267-273.

11. Padberg GW, Schot JD, Vielvoye GJ, et al. Lhermitte-Duclos disease and Cowden disease: a single phakomatosis. Ann Neurol 1991; 29: 517-523.

12. Salem OS and Steck WD. Cowden's disease (multiple hamartoma and neoplasia syndrome). A case report and review of the English literature. J Am Acad Dermatol 1983; 8: 686-696.

13. Starink TM, van der Veen JPW, Arwert  F, et al. The Cowden syndrome: a clinical and genetic study in 21 patients. Clin Genet 1986; 29: 222-233.

14. Waite KA and Eng C.  Protean PTEN: form and function. Am J Hum Genet 2002; 70: 829-844.



Cet article devrait être référencé de la manière suivante :
Longy, M. Maladie de Cowden. Encyclopédie Orphanet, septembre 2002 :
http://orphanet.infobiogen.fr/data/patho/FR/fr-cowden.html

Adresse pour la correspondance :
Docteur Michel LONGY
Institut Bergonié
Service d’Oncologie Moléculaire
180, rue de Saint-Genès
33076 Bordeaux cedex