Polypose adénomateuse familiale



Auteur : Docteur Sylviane OLSCHWANG
Editeur scientifique : Professeur Thierry PHILIP

Date de création : décembre 1997
Date de mise à jour : janvier 2002



Nom de la maladie et ses synonymes Critères diagnostiques / Définition
La polypose adénomateuse familiale est responsable de 1% des cancers colorectaux. Cette maladie peut présenter trois groupes de manifestations:
- des polypes adénomateux multiples (plusieurs centaines, voire plusieurs milliers) dans le colon et le rectum, qui se développent aux alentours de la puberté, rarement avant. Le nombre et l'âge d'apparition de ces tumeurs varient notablement d'un sujet à l'autre;
- des signes oculaires dus à une hypertrophie de la couche pigmentaire de la rétine, qui se traduisent par des taches visibles à l'examen du fond d'oeil. Cette manifestation peut être présente dès la naissance, elle ne régresse pas au cours de la vie. Des critères de nombre et de taille ont été définis et sont pathognomoniques de la maladie; leur utilisation dans un but diagnostique est cependant limitée par leur absence chez près de 30 % des patients;
-des manifestations extracoliques, essentiellement constituées de proliférations, parfois malignes, de différents tissus. Les plus remarquables, par leur gravité et leur fréquence élevée, sont les adénocarcinomes duodénaux et les tumeurs desmoïdes, pour la plupart de localisation intra-abdominale.

Le diagnostic de polypose adénomateuse repose sur l'examen clinique, qui mettra en évidence les manifestations classiques de la maladie (i.e. polypose adénomateuse colique et rectale diffuse avec manifestations extra-coliques, adénomes duodénaux, polypose fundique glandulokystique, hypertrophie de l'épithélium pigmentaire rétinien -CHRPE (congenital hypertrophy of the retinal pigment epithelium )-, tumeurs osseuses, sous-cutanées, desmoïdes...).

Description clinique
(voir critères diagnostiques)
Le pronostic est dominé par le risque de dégénérescence des polypes coliques. Si bien qu'il est proposé, aux enfants nés d'un parent atteint, des coloscopies annuelles à partir de 11 ans jusqu'à environ quarante ans, âge où l'expressivité de cette manifestation atteint un niveau proche de 1. Lorsque les polypes deviennent trop nombreux, il est proposé une colectomie qui permet d'éliminer le principal risque tumoral. Les risques de dégénérescence des adénomes duodénaux et de compression d'organes vitaux par les tumeurs desmoïdes devient actuellement la préoccupation majeure, manifestations contre lesquelles il n'existe pas de mesure préventive. La surveillance digestive haute consiste en des gastroscopies triennales à partir de 20 ans.

Mode de prise en charge incluant les traitements
Les gestes thérapeutiques actuellement proposés visent à éviter les complications malignes de la maladie. Ils sont essentiellement chirurgicaux. Il n'existe pas de traitement médicamenteux curatif. Par contre, dans certains cas, à la restriction près que l'efficacité n'est pas prévisible, la croissance des adénomes coliques peut être temporairement ralentie par la prise d'anti-inflammatoires non stéroidiens (sulindac) ou d'aspirine.

Etiologie
La polypose adénomateuse se transmet sur un mode autosomique dominant. Dans 10 % des cas environ, il s'agit d'une nouvelle mutation.
La protéine APC, sous-membranaire, promeut, par sa fixation à la sous-unité béta de la tubuline, l'assemblage des microtubules. Elle joue également un rôle important dans la stabilité des jonctions inter-cellulaires, en intervenant, par ses variations de concentration intra-cellulaire, dans la stabilité du complexe E-cadhérine/b-caténine.

Le gène APC est localisé en 5q21. Il s'étend sur 120 Kb environ, il est composé de 15 exons. Sa séquence codante a une longueur de 8532 nucléotides. Les mutations de la séquence codante ou des sites d'épissage, associés à une polypose adénomateuse familiale, conduisent sans exception à la synthèse d'une protéine tronquée. Moins fréquemment, il s'agit d'une délétion interstitielle, pouvant affecter la totalité ou une partie du gène. Les mutations peuvent enfin (rarement) affecter l'expression du gène.

Méthodes de diagnostic biologique
Il n'existe pas de test biochimique qui pose le diagnostic. Une mutation constitutionnelle du gène APC est identifiée dans environ 90 % des cas. Dans les 10 % restant, il n'est donc pas possible de proposer une surveillance clinique, basée sur un test génétique prédictif, aux apparentés des patients.

Conseil génétique et diagnostic prénatal
Ils sont difficiles à dissocier. Le conseil génétique, dans la prise en charge des enfants nés d'un parent atteint, comme devant une demande de diagnostic prénatal, doit prendre en considération l'existence de corrélations génotype-phénotype, la position des mutations sur le gène conditionnant la variabilité (la sévérité) des manifestations coliques. Les mutations survenant entre les codons 1250 et 1464 sont associées à une forme profuse, où la densité d'adénomes sur la muqueuse colique est 2 à 5 fois supérieure à celle observée pour les mutations survenant dans les autres régions du gène. L'apparition est précoce (avant 10 ans) et s'accompagne simultanément du développement d'adénomes duodénaux. L'évolution est rapidement défavorable. Les mutations siégeant au-delà du codon 1444 sont par ailleurs systématiquement associées au développement précoce de tumeurs desmoïdes. Les mutations les plus proches du codon initiateur sont au contraire associées à un phénotype atténué, appelé AAPC, qui se traduit cliniquement par une polypose colique isolée, avec une apparition des polypes plus tardive (autour de 30 ans) et en nombre réduit (de quelques uns à une centaine), et avec exceptionnellement des polypes rectaux. Ces polypes ont cependant un risque élevé de transformation maligne. Il n'y a pas de symptomatologie extracolique, à l'exception d'une polypose fundique glandulokystique bénigne.

Questions non résolues et commentaires
Les lésions rétiniennes (CHRPE) ne sont retrouvées que si la mutation survient après l'exon 9 et avant le codon 1444. Cette observation fournit un cadre permettant de préciser l'intérêt et les limites de l'utilisation de l'examen ophtalmologique pour le diagnostic présymptomatique de la polypose adénomateuse familiale. Dans les formes coliques pures, autrement dit les polypes adénomateux coliques multiples (>5), la sensibilité de la recherche d'une mutation sur gène APC, bien que spécifiquement réalisée dans les régions où siègent les mutations associées aux polyposes adénomateuses atténuées, est quasi nulle (environ 1 %). Dans ces cas, il est vraisemblable qu'un ou plusieurs gènes autres qu'APC, non encore identifiés, soient à l'origine de la susceptibilité. Une surveillance coloscopique doit être proposée, à un rythme triennal à quinquennal, dont le début est fonction de l'âge du diagnostic des polypes chez les sujets porteurs de la famille.

Bibliographie
La référence en langue française la plus actualisée est un livre intitulé Oncogénétique  à l'initiative de YJ  BIGNON (Lavoisier Tec et Doc, Paris,
1997),  dont la partie consacrée au cancer colorectal a été rédigée par P Laurent-Puig et moi-même.



Dr Sylviane OLSCHWANG
Service de chirurgie
Hopital Saint-Antoine
184 Rue du faubourg Saint-Antoine
75571 PARIS CEDEX 12
 FRANCE