Déficit en 6-pyruvoyl-tétrahydroptérine synthase
Auteur : Professeur Jean-Louis Dhondt
Editeur scientifique : Professeur Jean-Marie Saudubray
Date de création : septembre 1999
Dates de mise à jour: avril 2001
mai 2003
Nom de la maladie et ses synonymes
Déficit en 6-pyruvoyl-tétrahydroptérine synthase
(PTPS), déficit en "biopterine synthétase", hyperphénylalaninémie
par déficit en cofacteur, hyperphénylalaninémie maligne
Nom des maladies exclues
Autres hyperphénylalaninémies (Phénylcétonurie,
Hyperphénylalaninémie modérée,...)
Autres déficits en tétrahydrobioptérine (déficit
en dihydroptéridine-réductase (DHPR), pterin-4a-carbinolamine
dehydratase (PCD), en GTP cyclohydrolase I)
Critères diagnostiques / Définition
Le déficit en 6-pyruvoyl-tétrahydroptérine synthase
est une des étiologies des hyperphénylalaninémies
"malignes" par déficit en tétrahydrobioptérine. Le
déficit en tétrahydrobioptérine est responsable, outre
de l'hyperphénylalaninémie, d'un déficit de la neurotransmission
monoaminergique, conséquence du dysfonctionnement des autres hydroxylases
tétrahydrobioptérine-dépendantes : Tyrosine et Tryptophane
hydroxylases (EC.1.14.16.2 et EC.1.14.16.4). Le phénotype est hétérogène.
Les formes typiques rassemblent surtout des sujets diagnostiqués
tardivement, essentiellement en raison de symptômes neurologiques
sévères. La recherche systématique des déficits
en tétrahydrobioptérine parmi les nouveau-nés hyperphénylalaninémiques
a conduit à la description de "variants", appréciés
comme "atypiques", "modérés", "partiels" ou "périphériques".
Bien que cette hétérogénéité apparaisse
importante et soit un frein à une classification évidente,
nous avons choisi arbitrairement de subdiviser ce groupe en "typique" ou
"atypique" selon la nécessité ou non de les traiter.
Diagnostic différentiel
Le principal risque est de ne pas évoquer cette possibilité
diagnostique chez un nouveau-né présentant une hyperphénylalaninémie
au test de dépistage systématique de la phénylcétonurie,
même et surtout si l'hyperphénylalaninémie est modérée,
"faussement" rassurante car faisant évoquer une hyperphénylalaninémie
modérée et/ou transitoire.
Incidence
Il s’agit du plus fréquent des déficits en cofacteur.
196 cas sont répertoriés (soit 58% des observations de déficits
en cofacteurs) dont 17 cas en France. Une consanguinité est notée
dans 1/3 des cas. La fréquence est faible dans les populations caucasiennes
(1% des sujets hyperphényl-alaninémiques). Dans les pays
où l'incidence de la PCU est faible (Japon, Taïwan,...), celle
des déficits en tétrahydrobioptérine (principalement
déficits en 6-PTS) paraît par contraste élevée.
Description clinique
Les formes typiques
Les signes neurologiques deviennent évidents vers l'âge
de 4-5 mois, avec des variations très importantes même au
sein d'une même famille. Cependant, des signes cliniques sont notables
dès la naissance. De plus 23 % des 6-PTS sont nés prématurés.
Les signes les plus souvent rapportés sont : retard des acquisitions
psycho-motrices, anomalies du tonus, convulsions, somnolence, irritabilité,
mouvements anormaux, hyperthermie, hypersalivation, difficultés
de déglutition. Des fluctuations de ces signes pendant la journée
sont fréquemment signalées. Les paramètres de la croissance
staturo-pondérale montrent une hypotrophie globale très fréquente
et souvent notée dès la naissance. L'observation d'une microcéphalie
est fréquente (52% des cas). Les anomalies neuro-radiologiques et
électrophysiologiques sont souvent plus modérées que
ne le laisserait supposer la symptomatologie clinique. Les examens neuro-anatomiques
(CT scan et MRI) montrent une atrophie cérébrale fréquente
et qui peut être précoce.
Les formes atypiques
L'absence de signes cliniques, présumée définir
ces formes atypiques de la maladie, n'est pas absolue. En effet, 2 cas
avec une hypotonie néonatale, 2 avec un retard psycho-moteur, 1
dont l'EEG à l'âge de 9 ans signalait des signes irritatifs
et 1 ayant présenté des symptômes aigus mais réversibles
(anomalie du comportement, trouble du sommeil, désordres neurovégétatifs)
ont été considérés comme appartenant à
ce groupe.
Mode de prise en charge incluant les traitements
Le but du traitement est de normaliser la phénylalanine (régime
appauvri en phénylalanine ou prescription de tétrahydrobioptérine)
et de restaurer une neurotransmission monoaminergique normale par l'administration
de précurseurs : L-Dopa et 5 hydroxy-tryptophane (5HT).
L'utilisation de carbidopa, inhibiteur périphérique des
décarboxylases, permet de réduire la dose nécessaire
de L-Dopa. Les doses habituellement utilisées sont : Dopa/carbidopa:
5-10 mg/kg/j ; 5HT: 5 mg/kg/j
Il est recommandé une mise en route progressive du traitement,
pour n'atteindre les doses optimales qu'en 8 à 15 jours, ceci pour
pallier les difficultés souvent notées au début du
traitement. Il est souvent nécessaire de fractionner les doses en
au moins trois prises quotidiennes, et de trouver pour chaque malade la
dose efficace. Le contrôle de l'hyperphénylalaninémie
semble devoir être même plus strict que dans les autres hyperphénylalaninémies.
Par contre, le contrôle de l'hyperphénylalaninémie
par la tétrahydrobioptérine, plutôt que par le régime,
paraît efficace et même souhaitable. Des doses relativement
modérées de tétrahydrobioptérine permettent
ce contrôle, en évitant la contrainte supplémentaire
d'un régime. Des doses de 5-10 mg/kg/j sont généralement
employées.
Cas particulier des formes dites "atypiques"
Par "définition" les formes atypiques de déficit en 6-PTS
n'exigent pas de traitement.
La difficulté de décider de l'abstention thérapeutique
est cependant difficile en pratique. En regard de l'hétérogénéité
des déficits en PTPS et des difficultés de les reconnaître,
il apparaît plus prudent de traiter ces formes, quitte à ménager
vers l'âge de 6 mois une fenêtre thérapeutique pour
permettre une réévaluation clinique et biochimique. Dans
des formes atypiques traitées pendant deux ans, aucun effet secondaire
n'a été noté. Quelle que soit la décision,
un contrôle de l'hyperphénylalaninémie est souhaitable
; en effet la clairance métabolique de la phénylalanine demeure
altérée (cinétique d'ordre zéro, intolérance
à l'aspartame,...).
Les posologies optimales de neurotransmetteurs sont celles qui n'entraînent pas d'effet secondaire tout en assurant la disparition ou l'absence d'apparition des signes cliniques. L'analyse de leurs catabolites dans le LCR est parfois nécessaire en cas de doute sur l'équilibre thérapeutique. Etant donné que la dopamine est un inhibiteur de la sécrétion de prolactine, il n'est pas surprenant que le taux de prolactine soit trouvé élevé. Ce paramètre pourrait être un bon indicateur du dysfonctionnement hypothalamique.
Méthodes de diagnostic biologique
La découverte d'une hyperphénylalaninémie représente
la première étape du diagnostic.
Les éléments du diagnostic biochimique sont obtenus de
l'analyse du profil des ptéridines dans les milieux biologiques,
du retentissement du déficit sur les hydroxylases tétrahydrobioptérine
dépendantes (phénylalaninémie, HIAA, HVA, MHPG,...),
de la correction par l'administration de tétrahydrobioptérine,
et de la mesure des activités enzymatiques concernées.
Les formes typiques
Le profil des ptéridines dans l'urine est hautement évocateur
du diagnostic, en montrant un effondrement de la bioptérine (B)
mais également une forte augmentation de la néoptérine
(N), qui dérive de la 7,8-dihydronéoptérine-triphosphate
accumulée en amont du bloc. En conséquence le rapport N/B
est élevé, et le %B (B/B+N) sont effondrés. Dans le
LCR, le même profil est observé. Cependant, dans le premier
mois de vie, les taux de bioptérine peuvent être dans la zone
de normalité bien que le rapport N/B soit élevé. Le
déficit en neurotransmetteurs est global (dopamine et sérotonine).
Cependant, comme pour les ptéridines, les taux de 5-HIA et d'HVA
peuvent être dans la zone basse de normalité, dans le premier
mois de vie. Le test de charge orale en tétrahydro-bioptérine
(20 mg/kg) entraîne une chute rapide de la phénylalaninémie.
Cet effet correspond à la restauration d'un pool hépatique
actif en cofacteur qui, associé à un potentiel normal de
régénération (DHPR normale), permet la clairance métabolique
de grandes quantités de phénylalanine. En effet, la normalisation
de la phénylalaninémie est obtenue en 4 à 8 heures,
ce qui correspond au maximum d'absorption intestinale de la tétrahydrobioptérine,
et est observée même pour des taux initiaux de phénylalanine
de 40 mg/dl; l'effet dure 24 voire 48 heures après une unique dose
de charge. Quand l'hyperphénylalaninémie de base est modérée,
une double charge (phénylalanine et tétrahydrobioptérine)
peut être réalisée. La présence de la PTPS dans
les globules rouges permet facilement de confirmer le diagnostic. A quelques
exceptions près, l'activité 6-PTS est basse (< 5% de la
normale).
Les formes atypiques
Le profil des ptérines dans l'urine ou le sang ne permet pas
de les distinguer des formes typiques, bien que dans certains cas l'excrétion
de bioptérine soit à la limite inférieure des valeurs
normales. C'est dans de telles situations qu'il peut exister un risque
de confusion avec une autre pathologie s'accompagnant également
d'une élévation du rapport N/B : infections, insuffisance
rénale, ou avec des variations normales de la maturation de la voie
métabolique. Par contre les taux de bioptérine dans le LCR
sont paradoxalement normaux voire élevés, d'où le
qualificatif de "formes périphériques". Cependant, le rapport
N/B élevé confirme l'existence d'une perturbation centrale
du métabolisme de la tétrahydrobioptérine. Les taux
de neurotransmetteurs sont habituellement rapportés normaux. Mais
la distribution avec l'âge et la répétition de ces
dosages chez quelques malades montrent une diminution progressive mais
significative du 5-HIA après l'âge de 6 mois. Les difficultés
d'une différenciation entre formes typiques et atypiques dans le
premier mois de vie justifient une grande prudence quant à l'abstention
thérapeutique généralement proposée dans ces
cas. La répétition du bilan métabolique vers l'âge
de 6 mois, après une fenêtre thérapeutique de 24-48
heures, est recommandée. Le test de charge en tétrahydrobioptérine
est également positif.
Bien qu'une grande hétérogénéité
clinique du déficit en PTPS soit démontrée, l'activité
résiduelle de la PTPS érythrocytaire n'est pas suffisamment
discriminante pour servir de paramètre pronostique. En effet, les
activités notées (19-23%) sont souvent dans le même
intervalle que celles des hétérozygotes pour la forme typique.
Déficit incomplet en PTPS, hétérozygotie ou double
hétérozygotie ont été évoqués.
Conseil génétique
La maladie est de transmission récessive autosomique. Le gène
est PTS (chromosome 11q22.3-q23.3, 6 exons) ; 33 mutations ont été
décrites (2001).
Diagnostic prénatal
Le diagnostic anténatal du déficit en 6-PTS est possible
par la mesure des ptéridines dans le liquide amniotique et celle
de l'activité 6-PTS dans le sang foetal. L'étude du génome
semble également possible pour un diagnostic anté-natal.
Bibliographie
Smith I. Atypical phenylketonuria accompanied by a severe progressive
neurological illness unresponsive to dietary treatment. Arch.Dis.Child.
1974, 49, 245
Niederwieser A., Curtius H.Ch., Bettoni O., Bieri J., Schircks B., Viscontini M., Schaub J. Atypical phenylketonuria caused by 7,8-dihydrobiopterin synthetase deficiency. Lancet 1979, 1, 131-133
Rey F., Leeming R.J., Blair J.A., Rey J. Biopterin defect in a normal-appearing chiId affected by a transient phenylketonuria. Arch.Dis.Child. 1980, 55, 637-639
Dhondt J.L., Meyer M., Malpuech G. Problems in the diagnosis of tetrahydrobiopterin deficiency. Eur.J.Pediatr. 1988, 147, 332-335
Dhondt J.L. Strategy for the screening of tetrahydrobiopterin deficiency among hyperphenylalaninemic patients: 15 years experiene. J.Inher.Metab.Dis. 1991, 14, 117-127
Dhondt J.L. : Tetrahydrobiopterin deficiencies. Lessons from the compilation of 200 patients. Developmental Brain Dysfunction 1993, 6: 139-155
Scriver CR, Kaufman S, Eisensmith RC, Woo SLC. The hyperphenylalaninemias.
In:
Scriver CR, Beaudet AL, Sly WS, Valle D, eds. The Metabolic and Molecular
Bases of Inherited Disease, 7 end, vol.1 New York: McGraw-Hill, 1995, 1015-1075
Spada M, Schuler A, Blau N, Ferraris S, Lanza C, Ponzone A. Deprenyl in 6-pyruvoyl-tetrahydropterin synthase deficiency. Pteridines 1995, 6, 144-146
Blau N, Barnes I., Dhondt J.L. International database of Tetrahydrobiopterin deficiencies. J Inher Metab Dis 1996, 19: 8-14
International register of tetrahydrobiopterindeficiencies (J.L. Dhondt,
N. Blau):
http://www.bh4.org(BIODEF (patients
database) and BIOMDB
(mutations database).