Le syndrome de Rett
Date de création : février 1997
Dernière mise à jour : avril 2002
Données génétiques
Dés sa description, il a été remarqué que
le syndrome de Rett ne frappait que les filles; par ailleurs l'homogénéité
de la maladie était compatible avec une affection génétique.
Plus récemment, à partir de formes familiales exceptionnelles,
la région Xq28 a été spécifiquement suspectée.Une
stratégie de recherche type « gène candidat »
a permis d’impliquer le gène MeCP2. Il s’agit d’un gène
répresseur ayant un rôle de régulation encore mal précisé.
La perte de la fonction de la protéine MECP2 pourrait entraîner
une surexpression de certains gènes, qui serait dommageable pour
le développement du système nerveux central. De nombreuses
mutations ont été rapportées au sein du gène
sans que l’on puisse établir clairement de corrélation phénotype-génotype.
Données neuropathologiques et physiopathologiques
La décélération de la croissance du périmètre
crânien observée après la première année
de vie correspond à une atrophie cérébrale diffuse
importante, affectant surtout la substance grise. La constatation par ailleurs
d'arbres dendritiques anormalement pauvres dans certaines aires corticales,
leur absence de spécification dans d'autres, ont fait évoquer
un arrêt des afférentations nécessaires à la
poursuite d'un développement cérébral harmonieux.
Ceci est à rapprocher de certains aspects en imagerie fonctionnelle.
Les données recueillies concernent surtout la technique par SPECT
(single photon emission computed tomography). Chez les "filles Rett" explorées
vers 2-3 ans, le pattern de perfusion est comparable à celui observé
chez les nourrissons de 2-3 mois : hypoperfusion dans les lobes frontaux
et le tronc cérébral.
Par ailleurs, une réduction de pigmentation du locus niger évocatrice
d'anomalies de la voie dopaminergique, une diminution du nombre des cellules
appartenant au système cholinergique ont été remarquées.
Mais les différentes études conduites sur les métabolites
des neurotransmetteurs font état de résultats contradictoires.
La spectroscopie de RMN (résonanace magnétique nucléaire)
du proton montre une baisse du taux de N-acétylaspartate (NAA).
La perte de la fonction de la protéine MECP2 pourrait intervenir
au niveau des neurotransmetteurs.
Fréquence
Le syndrome de Rett existe dans les différentes parties du monde.
La prévalence en Europe est d'environ 1/15000.
Description clinique
Le diagnostic repose sur les signes cliniques. Certains sont considérés
comme nécessaires.
Critères diagnostiques
Les critères nécessaires sont :
Les critères d'appui au diagnostic comprennent :
La stagnation d'apparition précoce
Le début a lieu entre 6 et 18 mois. Elle se caractérise
par:
- un arrêt du développement (stagnation) ;
- une diminution de l'intérêt pour les jeux ;
- une hypotonie ;
- un ralentissement de la croissance céphalique ;
La durée est de plusieurs mois.
La régression ("destruction") rapide
Le début survient entre 1 et 3 ans.
- une régression rapide, une détérioration du
comportement ;
- une perte de l'usage des mains ;
- des crises convulsives ;
- des stéréotypies manuelles ;
- des manifestations autistiques ;
- une perte du langage ;
- une motricité maladroite ;
- une insomnie ;
- un comportement d'automutilation.
La durée s'étend de quelques semaines à quelques
mois.
La stabilisation apparente
Le début a lieu entre 2 et 10 ans.
- un retard mental sévère;
- une régression des traits autistiques;
- une amélioration du contact;
- des crises convulsives;
- des stéréotypies manuelles caractéristiques;
- une spasticité, une ataxie, une apraxie;
- un dysfonctionnement respiratoire.
La durée va de quelques mois à des années.
La détérioration motrice tardive
Le début survient après 10 ans. Elle se caractérise
par :
- une perte de la motricité (fauteuil roulant);
- une scoliose, une atrophie musculaire, une rigidité;
- des syndromes pyramidaux et extrapyramidaux marqués;
- un retard de croissance;
- une absence de langage;
- une amélioration du contact visuel;
- une épilepsie moins sévère;
- des troubles trophiques.
La durée s'étale sur plusieurs années.
Formes atypiques
Le tableau ci-dessus correspond à l’expression clinique la plus
habituelle de ce syndrome. A côté de celle-ci, on distingue
- des formes plus sévères;
- congénitales;
- avec épilepsie précoce;
- des formes moins sévères;
- formes frustes;
- avec régression tardive;
- avec préservation du langage;
Le diagnostic, qui restait réservé dans ces formes, peut
dorénavant être confirmé par la mise en évidence
de mutations au niveau du gène MecP2.
Formes chez le garçon
Enfin il faut signaler l’existence de la même anomalie génétique
dans le cadre d’encéphalopathies d’expression variable chez le garçon.
Le tableau clinique, plus sévère, moins homogène,
n’est en rien comparable à celui observé chez la fille, et
ne correspond pas au syndrome de Rett.
Mode de prise en charge et traitement
Il n'y a pas de traitement à visée étiologique
pour ces enfants. Il est néanmoins important de proposer un traitement
symptomatique quand il est nécessaire (anti-épileptiques,
prise en charge spécifique de la scoliose, apports nutritifs - en
particulier calciques- suffisants, ...). Enfin une prise en charge éducative
doit être adaptée à chaque enfant. L'association
française du syndrome de Rett est un partenaire précieux
à cet égard.
Références
Hagberg B. Rett syndrome clinical and biological aspects. Clinics in developmental medicine n° 127, London, Mac Keith Press 1993
Amir RE, Van den Veyver IB, Wan M, Tran CQ, Francke U, Zoghbi HY, Rett syndrome is caused by mutations in X-linked MECP2, encoding methyl-CpG-binding protein 2, Nat Genet, 1999, 23, 185-188.
Association Française du Syndrome de Rett, ouvrage collectif. Une maladie génétique, Le Syndrome de Rett. Laboratoires Sanofi-Winthrop Ed., Paris 1995
Bourdon V, Philippe C, Grandemenge A, Reichwald K, Jonveaux P.Deletion screening by fluorescence in situ hybridization in Rett syndrome patients. Ann Genet. 2001; 44: 191-4.
Shahbazian MD, Antalffy B, Armstrong DL, Zoghbi HY. Insight into Rett syndrome: MeCP2 levels display tissue- and cell-specific differences and correlate with neuronal maturation. Hum Mol Genet. 2002. 15;11:115-24.
Zeev BB, Yaron Y, Schanen NC, Wolf H, Brandt N, Ginot N, Shomrat R, Orr-Urtreger A. Rett syndrome: clinical manifestations in males with MECP2. J Child Neurol. 2002;17: 20-4.