Ataxie télangiectasie (syndrome de Louis Bar)
Auteur : Docteur Alain AURIAS
Editeur scientifique : Pr Alexis BRICE
Date de création : juin 1998
Date de mise à jour : janvier 1999
Nom de la maladie et ses synonymes :
Ataxie télangiectasie, Syndrome de Louis Bar
Critères diagnostiques / Définition
L'ataxie télangiectasie (AT), est une maladie récessive
autosomique. Ses manifestations cliniques principales font que cette maladie
est essentiellement recensée dans les services d'immunologie
et de neurologie, où ces enfants seront pris en charge. En effet,
elle
associe un déficit immunitaire mixte sévère, mais
portant surtout sur l'immunité humorale (hypo IgA, IgG, IgE), à
une ataxie
cérebelleuse progressive. Les télangiectasies cutanéomuqueuses,
qui ont pourtant donné leur nom à la maladie, ne sont pas
toujours
évidentes, du moins dans les premiers stades de la maladie.
Le diagnostic est en fait souvent difficile à porter chez le très
jeune enfant.
Néanmoins, l'augmentation quasi constante de l'alpha-fœtoprotéine
ainsi que la cytogénétique tout à fait caractéristique
permettent
d'affirmer ce diagnostic. Cependant, il n'est pas exceptionnel que
le diagnostic ne soit évoqué qu'après la naissance
d'un deuxième
enfant atteint.
Diagnostic différentiel
Le syndrome de Nijmegen, très rare, est considéré
comme une variante de l'AT. Il associe déficit immunitaire, radiosensibilité,
risque
important de cancers (du même type que l'AT), et cytogénétique
tout à fait similaire à celle retrouvée dans l'AT.
Ces enfants
présentent en outre une microcéphalie, mais n'ont
ni ataxie ni télangiectasie. Le gène responsable, non encore
caractérisé, est localisé
en 8q21. On s'attend à ce qu'il code pour une protéine
intervenant dans une fonction proche de celle du gène ATM. Enfin,
il existe
manifestement des formes atténuées de la maladie
AT, dues semble-t-il à des mutations bien particulières du
gène ATM. Ceci
impose d'évoquer le diagnostic, même devant des
formes à symptomatologie modeste.
Incidence
Sa fréquence est estimée à un cas pour 40000 naissances.
Description clinique
Le pronostic de cette maladie est sévère, dominé
par les infections respiratoires à répétition, la
dégradation neurologique progressive,
le vieillissement cutanéomuqueux accéléré
et un risque de cancers augmenté, concernant 10% des patients. Ces
cancers sont
essentiellement des lymphomes, T en particulier, mais aussi des carcinomes,
ce qui est complètement inhabituel chez des enfants. Ces
cancers sont à traiter avec précaution dans la mesure
où ces enfants AT présentent une grande radiosensibilité
rendant délicat l'usage
de la radiothérapie et des chimiothérapies radiomimétiques.
Après irradiation in vitro, les cellules d'ataxiques sont caractérisées
par
une absence d'inhibition de la phase S du cycle cellulaire et une absence
d'induction de la protéine p53 et de ses effecteurs.
Etiologie
Le gène ATM, dont l'altération homozygote est responsable
de l'ataxie télangiectasie est localisé sur le chromosome
11 et a été
caractérisé en juin 1995. Ses homologues, déjà
connus chez la levure, la bactérie ou la drosophile, participent
à des processus de
contrôle du cycle cellulaire (G1 et G2-checkpoints), de réparation
des cassures double-brins, de recombinaisons au cours de la
méïose ou de la maturation des gènes d'immunoglobulines.
Des études épidémiologiques effectuées aux
Etats-Unis et en France dans
les familles d'ataxiques suggérent que les hétérozygotes
pour une mutation pourraient avoir une augmentation modeste du risque de
cancers du sein par rapport à la population générale.
Il paraît donc raisonnable que ces femmes hétérozygotes
débutent une
surveillance mammaire par des mammographies à partir de l'âge
de 40 ans.
Méthodes de diagnostic biologique
Même si le gène est maintenant connu depuis 1995, la recherche
directe de mutations reste encore très lourde à mettre en
œuvre, et
n'est, pour l'instant, pas exhaustive. La cytogénétique
reste donc un test simple et spécifique pour établir le diagnostic.En
effet, la
cytogénétique de l'ataxie télangiectasie est absolument
caractéristique de cette maladie, et permet d'en affirmer le diagnostic.
L'analyse est réalisée à partir des lymphocytes
du sang périphérique, de façon tout à fait
similaire à un examen standard du
caryotype. On constate chez tous les patients AT, outre des cassures
chromosomiques ou chromatidiennes non spécifiques, un taux
élevé de remaniements chromosomiques équilibrés
(en moyenne 10% des métaphases présentent un remaniement).
Plus intéressant,
et caractéristique de l'AT, est le fait que les deux tiers de
ces remaniements n'impliquent que les chromosomes 7 et/ou 14,
correspondant à des recombinaisons illégitimes entre
les gènes de la superfamille des immunoglobulines. Chez environ
10% des
patients, outre les remaniements des chromosomes 7 et 14 déjà
décrits, on découvre une expansion clonale présentant
un seul et
même remaniement. Signalons cependant que ces patients AT porteurs
de clones ne présentent à ce stade aucun signe hématologique
inquiétant. Ces expansions clonales peuvent en effet rester
quiescentes durant de nombreuses années. Néanmoins, chez
quelques
patients, cette expansion va finir par se transformer en leucémie
prolymphocytaire T. L'évolution sera alors rapidement fatale.
Conseil génétique
Le conseil génétique sera celui d'une maladie génétique
récessive à pénétrance complète, c'est
à dire un risque de 1/4 pour toute
nouvelle grossesse. Le diagnostic prénatal est de réalisation
simple dans les familles AT, puisqu'il consiste en un simple haplotypage
par étude des microsatellites localisés dans le gène
et de part et d'autre du gène.
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